C'est en voulant répertorier les enfants respectifs des soeurs Quartier Marie et Anne Marie mariées le même jour en 1735 à deux cousins François et Claude Burtin que je me suis rendue compte du taux anormalement élevé de mortalité. Sur les 8 enfants recensés de Marie, deux seulement arriveront à l'âge adulte.
Sur les registres paroissiaux de Joudes (Saône-et-Loire) 1726-1750 les décès touchaient bien sûr des adultes à n'importe quel âge mais aussi de nombreux enfants. Parfois étaient mentionnées le même jour la sépulture de plusieurs personnes, on trouvait également des "inconnus" passant au village, un mendiant et même des étrangers (étrangers à la commune bien sûr !).
Pourquoi tous ces morts ? Une épidémie sans doute.
Il me fallait donc trouver la cause de cette hécatombe. Aussitôt dit, aussitôt fait je me tourne vers ma Bible , le génial "Contexte , guide chrono-thématique" de Thierry Sabot . En effet celui-ci note "la crise frumentaire des années 1738-1742, accompagnée d'une épidémie de grippe de forme broncho-pulmonaire , fait plus de 2,5 millions de victimes. A partir de 1740 et jusqu'à la fin de l'Ancien Régime , près de la moitié des enfants meurt avant l'âge adulte ..."
En creusant encore, je note les conditions climatiques extrêmes de cette période : la sécheresse de 1730, des étés très chauds, puis un hiver très long et très froid d'octobre 1739 à mars 1740, après 5 mois sans pluie, nouvel été caniculaire, bref toutes les conditions sont réunies pour que la famine s'installe ...
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Mais revenons à notre registre paroissial de Joudes où il est noté à la fin de l'année 1739 par je ne sais qui, probablement l'autorité administrative car ce n'est pas l'écriture du curé Vuillemot , qu'il convient désormais de noter "les extraits mortuaires des petits enfans en marge des registres". Mais le curé n'en a cure ! et continue vaillamment d'enregistrer les sépultures ... jusqu'à ce que lui aussi succombe le 19 février 1744 à 72 ans.
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Les prêtres se succèdent donc à Joudes jusqu'à la nomination du curé Jean Joseph Gauche qui inscrit son premier baptême en mai.
Le 17 août 1744, le frère de feu le curé Vuillemot, le Sieur Claude Emmanuel Vuillemot, docteur en médecine , en présence de Claude Merle, notaire royal, se propose d'exécuter la pieuse demande de feu son frère à savoir de créer une fondation (page 120/164 du registre) dont je n'ai pas compris tous les tenants et aboutissants. Le curé Gauche serait chargé de fonder en l'église paroissiale et d'instaurer à perpétuité le premier dimanche de chaque mois après les vêpres et le De Profundis la bénédiction du Saint-Sacrement pour laquelle il recevrait une rente de douze livres ? toute lumière sur ce texte serait la bienvenue, toujours est-il que le curé Gauche en fait part à "Monseigneur l'illustrissime et révérendissime Evêque de Saint-Claude".
Finalement sur le registre de Joudes ce n'est qu'à partir de 1744 que l'inscription des décès précisant l'âge des morts va devenir effective.
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1744 : 41 baptêmes - 19 morts grands - 17 morts petits - 7 mariages - 1 fondation
1745 : 49 baptêmes - 7 morts grands - 3 morts petits
1746 : 22 baptêmes - 9 morts grands - 6 morts petits
1747 : 22 baptêmes 3 mariages
1748 : 19 morts grands - 12 morts petits.
1949 : 27 baptêmes et 6 mariages donc un peu d'espoir
1750 : la comptabilité funeste recommence avec au total 15 morts grands 22 morts petits ... En 1951 dans le registre suivant le curé Gauche continuera d'écrire sa liste macabre ... 16 morts grands 19 morts petits.
C'est finalement cette mention de "morts petits" qui m'a donné envie d'en savoir plus et d'évoquer cette triste période.
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