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Le souffle des ancêtres

Le souffle des ancêtres


Antoine et Antoinette Saignier, des jumeaux séparés à vie

Publié par Elusia sur 17 Mai 2026, 11:12am

Catégories : #Saignier

Antoine et Antoinette Saignier, des jumeaux séparés à vie

Il y a longtemps que j'avais envie de me pencher sur le mari de mon AAGM car il est né de parents inconnus et cela impliquait que je plonge dans les registres des Hospices Civils de Lyon.

 

 

1er avril 1838 - 7h 30 le soir - A l'Hôpital de la Charité de Lyon, la soeur de garde , alertée par la clochette, découvre dans la niche tournante du tour d'abandon, non pas un bébé mais deux. 

Sur l'un deux un billet ainsi conçu est attaché sur une bande de toile : "2 enfans un masculin et l'autre féminin, deux jumeaux la fille est Antoinette Saignier le garçon Antoine Saignier le 30 mars 1838". Les nouveaux nés ont la tête couverte de bonnets d'indienne , chacun est enveloppé dans un drapeau qui recouvre un lange en indienne identique pour tous les deux, de couleur rouge avec des ramages jaune. 

Sur le registre de réception en date du 1er avril 1868 sont ainsi inscrits sous les matricules 3530 et 3531 Antoine et Antoinette Saignier, jumeaux, âgés de 2 jours. En ce 1er avril ils sont baptisés à l'hospice et le lendemain enregistrés à la Mairie par un employé de l'hospice.

Ainsi commence pour ces deux petits êtres une enfance faite d'incertitude, d'insécurité, de foyer en foyer, en connaissant peut être la faim, les brimades et bien sûr le travail dès le plus jeune âge.

 

 

Tous deux sont placés dès le 3 avril 1838.

Antoine est conduit en Savoie (par Joseph Lacoste ?) au bourg de Novalaise chez Joseph Blanchet, matelassier de profession et Thérèse Lariguet. Joseph est veuf, remarié à Thérèse en 1832 ils ont déjà 2 enfants dont l'un né en février 1837 ce qui permettra à la mère d'allaiter un tant soit peu le petit Antoine qui restera semble-t-il dans ce foyer jusqu'en 1844, c'est à dire six années de stabilité.

Il est alors rapatrié au dépôt de la Tour du Pin le 29 octobre 1844 pour rejoindre le foyer Bouverat à Montceau en Isère. Il y restera à peine 2 ans.

- le 3 mars 1846 il arrive chez Joseph Burgat à Saint-Chef dont je ne sais rien

- le 27 mai 1846 chez Claude Beaud cultivateur à Saint-Chef chez qui il va pouvoir travailler   

- le 13 mai 1852 chez Benoît Brisseau de Saint-Savin toujours dans l'Isère. Il a maintenant 14 ans, c'est un homme. Est-il recueilli par Benoît Brisseau maréchal-ferrant qui décède le 20 juin 1852 à 75 ans ou chez son fils, cultivateur, qui porte le même nom ? Les recensements n'existent pas pour cette période là. 

Ainsi se clôt l'enfance d'Antoine. 

Pas de registre militaire trouvé, ceux-ci débutent en 1865.

C'est en 1870 que je retrouve Antoine. Il a 32 ans, il est journalier à Bourgoin et épouse Marie Louise Berger 22 ans, ouvrière en soie à Ruy. Ils auront 4 enfants et lors de son dernier accouchement en 1882 Marie Louise perd la vie. Antoine se retrouve seul avec ses enfants dont la plus âgée a 11 ans. Entretemps il est devenu cantonnier communal ce qui lui assure un revenu régulier. 

Veuf, il se remarie avec une veuve de Saint-Savin Marie Duplessis, mon arrière arrière grand-mère. Marie appelée Rose n'a pas eu la vie facile , elle non plus. Le mariage a lieu à Bourgoin en 1884, ils s'installent Rue de l'Escot chez Antoine  et auront ensemble 3 enfants. Antoine reconnaîtra également Marie Madeleine, 16 ans, fille naturelle de Marie et il lui donnera son nom. 

Antoine recevra la Médaille d'Honneur décernée aux chefs cantonniers et cantonniers de la voirie départementale et municipale en juin 1910. Son décès intervient entre 1910 et 1920.

Somme toute une vie bien remplie pour Antoine et probablement la fierté d'avoir réussi comme cantonnier. J'aime à l'imaginer comme un petit homme discret, droit et bon. C'est ainsi qu'il m'apparaît sur une photo aux côtés de sa seconde épouse, mon AAGM.

 

Le parcours de vie d'Antoinette  se révèle encore plus morcelé que celui de son frère.

Antoinette est placée au village de Primarette dans l'Isère au foyer de Pierre Roustant , marchand et de Marie Vanel qui a accouché le 11 mai 1837 d'un garçon Etienne. Elle est "rendue" le 12 août 1838 soit 5 mois après pour se retrouver le jour suivant le 13 août chez Jacques Moine à Lancrans dans le département de l'Ain. Commence une ronde dans différents familles de Lancrans : chez Claude Vollerin le 1er février 1839, chez Louis Miraillet le 1er mai 1845.

Elle est ensuite placée à plus de 40 km de là dans le foyer de Joachim Picot à Dortan qui la gardera jusqu'au 30 mars 1849, date de son retour à l'Hospice pour son 11ème anniversaire ! elle a déjà connu 6 placements différents et ce n'est pas fini. Le 28 février 1851 elle est emmenée de nouveau à Dortan chez Frédéric Gaillard. C'est là qu'elle va célébrer sa première confirmation le 4 mai 1851.

Elle sera ensuite placée chez Auguste Girod à Groissiat le 17 février 1856 ? puis chez les Sieurs Boucher Frères à Oyonnax le 9 mars 1857. Elle est alors âgée de 19 ans.

Après cette enfance ballottée et laborieuse dans divers foyers, j'ai le plaisir de retrouver Antoinette le jour de son mariage, elle a 23 ans. Sur son acte de mariage, elle est notée cultivatrice à Confort. Elle est donc revenue s'installer à 3 km de ses premiers foyers d'accueil à Lancrans où elle a passé son enfance.

Nous sommes le 12 décembre 1861 et elle épouse Auguste Bonneville un charron de Lancrans. Il a 40 ans et parmi les témoins figure Louis Miraillet son ancien patron lorsqu'elle avait 7 ans ! Gageons que ce retour sur les terres de son enfance signifie pour elle le souvenir d'une période de vie pas trop dure...

Le couple aura semble-t-il 2 enfants un garçon Antoine Marie qui décédera à 16 ans et une fille Marie Antoinette Simone qui fera sa vie à Vanchy en épousant Emile Chauvy chez lequel Antoinette , désormais veuve, décédera le 7 novembre 1903 à l'âge de 65 ans. 

Ainsi les jumeaux Antoine et Antoinette Saignier ont fait leur vie, loin l'un de l'autre, certainement sans savoir qu'ailleurs vivait une petite partie d'eux mêmes. Malgré cette enfance difficile, ils auront su bâtir l'un et l'autre un foyer solide. Antoinette avec Auguste Bonneville et Antoine Saignier avec mon arrière arrière grand-mère Marie dite Rose Duplessis.

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B
L'arrivée de jumeaux, dans une période difficile pour la mère, c'est dramatique. Si les parents sont inconnus pour toi, est-ce que le patronyme est celui de la mère ?
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