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Le souffle des ancêtres

Le souffle des ancêtres


Louis Roussel, sosa 4

Publié par Rège sur 30 Octobre 2016, 15:13pm

Catégories : #Guerre de 14-18, #Roussel Louis, #Histoire de Sosa

Louis Roussel en 1957

Louis Roussel en 1957

Petite histoire de mes ancêtres directs

3ème génération

Louis Victor Roussel, facteur, sosa 4

 

C'est le 25 juin 1895 à l' Hôpital de la Charité à Lyon 2ème que naît Louis Victor Duplessy. 

Une enfance chaotique

Il est le fils naturel de Marie Madeleine Duplessis, employée de maison, qui n'a eu comme ultime recours que celui d'accoucher chez les soeurs à l'Hôpital de la Charité. Marie le reconnait comme sien le 9 juillet avant de sortir de l'hôpital et ne pouvant faire autrement l'abandonne à la garde des soeurs le temps qu'il faudra avant de pouvoir le reprendre et assumer son éducation.

Louis devient donc un enfant assisté et il figure dans le registre des enfants abandonnés sous le matricule 51021.

 

Le nourrisson est d'abord puis il est placé dans une famille le 4 août 1898 chez Jean Falconnier un cultivateur d'Anglefort dans l'Ain . Un mois après le 15 septembre il est placé dans une autre famille à Hauteville chez Antelme Perrault avant de retourner à la Charité le 29 mai 1899 pour être remis à sa mère. Le petit Louis a alors 4 ans et retrouve un foyer aimant.

Sa mère, Marie Madeleine Duplessis a retrouvé une certaine stabilité, elle vit désormais chez Léon Edouard Roussel au 42 de la rue Saint-Pierre de Vaise à Lyon. Ses parents vont d'ailleurs unir leurs destinées en se mariant le 13 janvier 1900 et par la même occasion en légitimant la naissance de Louis. 

Louis Victor Duplessy devient ainsi Louis Victor Roussel. 

Ce n'est qu'en 1923  lorsqu'il voudra se marier que Louis Roussel découvre ce pan de son enfance. Il en sera profondément meurtri.  

Mais la vie s'acharne sur le petit Louis, il perd son père le 10 juillet de la même année. Léon est emporté par une néphrite. Sa mère se retrouve de nouveau seule pour l'élever et en attendant la rentrée scolaire, elle l'envoie passer l'été chez son grand-père Auguste Roussel à Gevingey où il pourra aider aux travaux des champs et des vignes et respirer un peu d'air pur. Cet intermède permet à Marie d'amasser quelsues sous et de réfléchir à la suite. 

A la rentrée scolaire de 1900, c'est l'école des Frères qui accueille le petit Louis en internat car Madeleine veut le meilleur pour lui et il y recevra une bonne éducation et une instruction religieuse.

L'enseignement des Frères des Ecoles Chrétiennes, "les lasalliens" était voué aux plus défavorisés, "aux enfants des artisans et des pauvres". Les frères n'étaient pas prêtres mais des laïcs menant une vie quasi monacale, en soutane noire et rabat blanc. L'ordre sera par la suite supprimé avec les lois Jules Ferry. 

Cette éducation sera déterminante pour mon grand-père. Il va s'habituer à la frugalité et à une vie repliée. En classe il se concentre sur l'étude, il travaille bien et rafle les premières places, en témoignent les nombreux livres de prix conservés par sa fille Louise. Cela fera de lui un homme cultivé, intelligent, à la belle écriture. Il conservera son éducation catholique, il aime chanter le Minuit Chrétien  et fera baptiser ses enfants.

Puis Marie retourne travailler et s'installer à Bourgoin et on retrouve les traces de Louis lorsqu'il a 19 ans. Il est alors manœuvre dans l'une des nombreuses usines de la ville. 

 

L'enfer de la guerre 

1914 c'est l'heure de la mobilisation générale. Il est incorporé dès le 14 décembre 1914 comme soldat de 2ème classe au 158ème R.I;. Il est envoyé sur le front bien qu'en 1915 il soit considéré comme soutien de famille. Son registre militaire -matricule 1014- le présente comme faisant 1,61 m, cheveux châtains,  yeux verts et ayant reçu une instruction de niveau 2. La guerre sera pour lui , comme pour beaucoup d'autres, une expérience épouvantable. 

C'est le départ pour l'Artois où son régiment va s'illustrer puisqu'on lui donne le titre de Régiment de Lorette. Le baptême du feu est épouvantable. Après l'Artois c'est la Somme, la Meuse et Verdun. En 1916 c'est Bezonvaux et en avril son régiment prend le secteur du Fort de Vaux. Le 14 , Louis est en réserve mais comme volontaire il assure le ravitaillement entre l'arrière et les troupes. Mais c'est un déluge de feu entre l'artillerie allemande et l'artillerie française et il est blessé.  "Le 14 avril 1916 a été blessé très grièvement au fort de Vaux en exécutant sous un bombardement extrêmement violent une corvée de ravitaillement pour laquelle il était volontaire". C'est ainsi qu'un arrêté de l'Autorité Militaire parle de Louis en évoquant sa Légion d'Honneur et sa Médaille Militaire. 

 

 

Il est évacué le 14 avril 1916. Son coude gauche ne sera pas amputé mais une résection sera pratiquée entraînant "une impotence fonctionnelle" et une invalidité permanente. Pour lui la guerre est finie. Mutilé de guerre il sera proposé dès 1917 pour la réforme n°1 avec gratification. Une pension de 1560 francs lui sera concédée avec jouissance au 20 février 1921. 

L'enfer de la guerre le hantera toute sa vie. Devant mon insistance et celle de mon père, une seule et unique  fois je l'ai entendu en parler. Et derrière les mots et les silences surgissait toute l'horreur de cette guerre.

Une nouvelle vie

Le retour à la vie normale ne sera pas facile. Direction Bourgoin chez sa mère. La rencontre avec Marthe va sans doute colorer un peu sa vie de rose. Je ne sais pas où ils se sont rencontrés . Peut être à l'usine ? 

Le 27 janvier 1923 ils décident d'unir leurs vies et c'est à Bourgoin que Louis Victor Roussel épouse Anne Marie Marthe Brun-Buisson. 

Et c'est le 30 août de la même année que naît leur premier enfant, un garçon André Victor. 

Et puis une loi votée en 1923 permet à Louis , mutilé de guerre, de bénéficier d'un emploi dans l'administration. Pour le jeune couple d'ouvriers c'est une chance et pour lui enfin une reconnaissance. 

Et c'est ainsi qu'il doit partit pour Frangy en Haute-Savoie. où un poste de facteur l'attend. Une nouvelle vie commence. 

 

Avec lui au bureau des P.T.T. de Frangy 2 autres mutilés. Louis a 28 ans, une jeune femme, un fils, et il se lance dans ce travail avec entrain. Il achète un vélo et c'est avec brio qu'il honorera ses tournées qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige. Frangy - Le Malpas - Minzier les kilomètres (parfois plus d'une vingtaine par jour) ne lui font pas peur , les journées sont longues et le sac en bandoulière pèse son poids ! malgré son unique bras valide il devient un as du vélo et une figure du village de Frangy.  

A la maison la famille s'agrandit. Deux filles Louisette et Jeannette nées en 1926 et 1928 viennent accompagner André. 

Recensement de 1936 - Rue du Grand Pont

La vie continue à Frangy, toujours dans la frugalité. Il ne recherche guère le confort qui commence à arriver dans ses années d'après guerre. Louis n'est pas toujours facile à vivre, il est bougon, taiseux et il peut être coléreux. Il lui arrive trop souvent de rentrer éméché de ses tournées. Son fils André d'un tempérament rebelle est parti tôt de la maison. Quant à son épouse Marthe elle est plutôt craintive et soumise, quant aux filles elles ne disent rien et filent doux.

Côté travail on lui a proposé de "passer receveur" mais il n'a pas accepté. Pourquoi ? Voulait-il rester dans sa condition ouvrière ? ne s'en sentait-il pas capable ? ou simplement ne voulait-il pas prendre de responsabilités ?... En dehors de ses tournées, Louis a deux passions, il joue aux boules et adore bricoler des postes à galène qui lui serviront plus tard à écouter Radio Londres. Cette passion lui vient du temps de la Grande Guerre où il était fasciné par les radios à usage militaire ...

Puis petit à petit est venu le temps de la retraite. Louis était un taiseux. Ressassait il tout ce qu'il avait vécu pendant la guerre ? Il est fort probable que l'enfer vécu à Verdun a dû le hanter tout au long de sa vie, le bruit des obus et la boue des tranchées...

C'est seulement lorsqu'il entrera dans la maison de retraite de Frangy qu'il connaîtra le confort.

Louis décède à l'hôpital d'Annecy le 7 septembre 1977, il avait 82 ans et sera inhumé au cimetière d'Eloise. 

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