1944-2024 - Il y a 80 ans, c'était la libération de la France. Entre généalogie et histoire quelques épisodes de cette guerre vue et vécue de près ou de loin par mes ancêtres de l'Ain, de Haute-Savoie, du Jura ou de l'Isère.
Les conditions de l'Armistice instituent dès le 25 juin 1940 une longue frontière, la "ligne de démarcation" qui va séparer la France en deux et restreindre le passage des hommes, des marchandises et du courrier.
- au sud "la zone libre" administrée par Vichy
- au nord "la zone occupée". Dans cette zone les Allemands instaurent une "zone interdite" près des frontières comprenant l'essentiel du nord et de l'est du Jura ainsi que le Pays de Gex dans l'Ain.
De fait, la majeure partie de mes ancêtres se retrouvent dans ces zones frontalières en zone occupée.
Dans mon nid d'ancêtres à Eloise (Haute-Savoie) en surplomb du Rhône le 12 juillet 1940 le village se retrouve sous occupation allemande en zone interdite. Des soldats bavarois installent la Kommandantur. Emile Hostettler, d'origine suisse et fruitier de son état, assure les difficiles fonctions d'interprète. Mon grand-père Robert Gassilloud, alors Maire, tient à conserver son statut d'édile afin d'avoir un oeil sur tout ce qui se passe. Eloise est alors administrativement rattaché à Gex qui se situe en zone interdite car proche de la frontière suisse mais aussi à Annecy en zone libre ce qui permet le transit des courriers.
A Bellegarde, de l'autre côté du Rhône, la situation est tout autant difficile. Jusqu'en septembre 1940 le passage est impossible. La ville est coupée en deux, la rivière la Valserine faisant office de frontière. Cela va bouleverser la vie quotidienne des habitants, que ce soit les enfants pour aller à l'école ou les gens qui travaillent. Certaines familles seront séparées. D'un côté le hameau de Coupy est rattaché à la zone interdite de Gex , or beaucoup d'ouvriers de Bellegarde habitaient à Coupy. Et pour passer d'une zone à l'autre il faut présenter un laisser-passer un "ausweis" aux soldats allemands qui assurent le contrôle. 4 points de passage sont alors possibles.
A Bellegarde également la ligne de train Lyon-Genève est sous étroite surveillance et le viaduc sous contrôle permanent.
Ainsi l'une des actions du Maire d'Eloise sera de se lancer dans la fabrication de faux papiers, de fausses cartes d'identités pour obtenir les précieux ausweis, nécessaires aux résistants, aux gens recherchés pour le STO, aux juifs, aux prisonniers en fuite, aux clandestins et à toute personne qui souhaite passer d'une zone à l'autre.
On peut aussi rejoindre Bellegarde clandestinement, pour certains c'est un jeu, jeu dangereux, pour d'autres c'est vital. On se rend donc à Bellegarde en passant par les bois à Saint-Germain et en franchissant le Rhône au niveau du chantier du barrage de Génissiat alors en construction, la passerelle d'Essertoux étant sous contrôle allemand.
Grâce à sa situation officielle, Robert Gassilloud pourra aussi remettre des documents allemands et des renseignements militaires à Marcel Fivel et aux officiers du 27ème BCA stationnés près de la ligne de démarcation.
Cette situation durera jusqu'en novembre 1942 date où les Allemands occuperont toute la France. La ligne de démarcation sera officiellement supprimée en mars 1943.
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