Cliché familial, date inconnue
Lieu : Bourgoin-Jallieu, Isère
Personnage : Francisque Lucien Brun-Buisson 1868-1941
Que font ces beaux messieurs tous moustachus et chapeautés (en chapeau ou en béret selon l'appartenance sociale) seul l'un d'entre-eux déroge à la règle. Pourquoi posent ils ainsi ? Certains sont cravatés, d'autres pas, ils tiennent la pose, boules au pied, et font tous partie d'une société bouliste dont la bannière tendue à bout de bras par l'un des leurs est malheureusement illisible.
Il faut chercher, au centre, juste sous le drapeau, un homme plutôt petit qui semble tendre l'oreille pour mieux écouter les directives du photographe. Il s'agit de mon arrière-grand-père paternel Francisque Brun-Buisson né en 1868 à Saint-Jean-de Bournay et décédé en 1941 à Bourgoin, et doté d'une surdité notoire.
En 1850 la première société bouliste voit le jour à la Croix-Rousse à Lyon. Puis boostées par la loi sur les associations de 1901, ces sociétés vont alors proliférer. Activité sportive peu coûteuse, pratiquée autant parmi les couches populaires que chez les bourgeois, les boules rassemblent les gens par quartiers ou par professions, elles deviennent un lieu de convivialité, de mixité sociale.
Car c'est toute une histoire , la boule lyonnaise !
Appelée "la longue" pour la différencier de la pétanque elle est devenue une véritable institution en Nord-Isère.
A partir du milieu du 19ème siècle, à Bourgoin on assiste à l'explosion des "clos boulistes". Un clos est un café qui possède un terrain de boules, souvent ombragé - dont le cadre est réglementé et doit mesurer 27,50 m de long sur 2,5 à 4 m de large - espace privé, le cafetier en assure l'entretien. De fait le café devient le siège de la société bouliste et expose les trophées , fanions et médailles gagnés par les membres du clos sans compter les mouchoirs pour dépoussiérer les boules. Le clos possède aussi sa "Fanny" car elle fait partie intégrante de la tradition bouliste. Lorsqu'un joueur a la malédiction de perdre en ne marquant aucun point face à son adversaire, il doit alors embrasser le postérieur dénudé d'une représentation féminine : la Fanny ! Ce rituel serait qualifié de sexiste aujourd'hui, mais à l'époque et jusque dans ma jeunesse je me souviens qu'il s'agissait toujours d'un moment de franche joie et de camaraderie.
De quelle société, mon Francisque faisait-il partie ? Je n'en sais hélas rien ! La Bricole Boule ? peut être un brin élitiste pour mon anar d'arrière grand-père ? alors la Boule Glacée peut-être située près de chez lui et de son atelier de reliure ? quoiqu'il en soit , il y a fort à parier qu'il devait disputer d'âpres parties sur le Champ-de-Mars ! Un lieu idéal pour les concours et les challenges réunissant les boulistes et leurs familles histoire de faire la fête.
Aujourd'hui encore il existe 21 sociétés boulistes dans le secteur de Bourgoin-Jallieu regroupant près de 500 licenciés.
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