1944-2024 - Il y a 80 ans, c'était la libération de la France. Entre généalogie et histoire quelques épisodes de cette guerre vue et vécue de près ou de loin par mes ancêtres de l'Ain, de Haute-Savoie, du Jura ou de l'Isère.
CHANTIERS DE JEUNESSE 1940 - 1944
Suite à la convention d'armistice de 1940 le service militaire est supprimé. En remplacement par le décret du 31 juillet 1940 Pétain crée les Chantiers de la Jeunesse Française dont la direction est confiée au Général Joseph de la Porte du Theil.
Les CJF sont la plus importante des organisations de jeunesse vichyste. Une organisation paramilitaire, rouage important de la propagande pétainiste, puisque Vichy oblige tous les hommes, citoyens français âgés de 20 ans et résidant en zone libre d'effectuer un stage obligatoire de six mois. Situés en zone non occupée, ces chantiers, sous l'autorité du ministre de la Jeunesse et de la Famille, sont des camps de plein air , à la manière du scoutisme, pour accomplir des travaux d'intérêt général dans une ambiance militaire. Lors de cette formation à l'idéologie pétainiste sont exaltées les valeurs d'ordre, de travail, de communion avec la nature et de culte du chef.
En 1943 les chantiers sont répartis en 52 groupements de 1500 à 2000 jeunes. Ils seront finalement dissous le 10 juin 1944. Entretemps on estime que 300 000 à 500 000 jeunes sont passés par les CJF et parmi eux environ 16 000 seront envoyés directement en Allemagne pour servir au STO (Service de Travail Obligatoire).
Retrouvons André Roussel ! Démobilisé de l'Armée d'Armistice il se retrouve chez ses parents en Frangy. Mais il a 20 ans en 1943 et il est appelé avec d'autres de ses copains à rejoindre les Chantiers de Jeunesse.
GROUPEMENT 9 "LE ROC" - MONESTIER-DE-CLERMONT
Le 10 juillet 1943 André doit rejoindre le CJF n°9 à Monestier-de-Clermont dans l'Isère où il restera jusqu'en décembre. Il est versé à la section des muletiers et doit assurer le ravitaillement entre Monestier et le monastère d'Esparon grâce à sa mule prénommée Bélise. Il lui arrive de promener l'épouse du chef Mannes et ses enfants lorsqu'ils vont au monastère, corvée plutôt agréable qui change du travail en forêt.
Mais en septembre, les Allemands occupent la zone sud et voient d'un mauvais oeil ces chantiers de jeunesse dans les montagnes. Alors que la plupart des chefs du chantier se sont enfuis, André et ses copains sont alors transférés dans les Landes à Barp où ils doivent participer à la déforestation des forêts brûlées.
Son chef Jean Carrel est un savoyard de Saint-Julien qui deviendra professeur. Ils sympathisent et pendant les soirées d'hiver, ils auront ensemble de longues conversations sur leur devenir et leurs espoirs. Mais Jean Carrel est malade et doit quitter le camp. André devient responsable d'équipe avec une seule idée en tête
"Comment se sortir de ce mauvais pas ?"
Seuls les permissionnaires pouvaient quitter le camp sans encombre. Donc il était indispensable de se fabriquer une fausse perm qui permettrait de ne pas être inquiété sur les routes. Mais comment accéder au bureau toujours bien gardé ? et comment emporter avec soi sa tenue militaire ?
Alors André et ses deux copains ont l'idée de se faire punir (pisser dans l'étang au vu de tous !) ce qui valait la punition suivante : faire en tenue militaire 4 km à pied de nuit ... mais aussi et surtout possibilité de rentrer dans les bureaux et de s'emparer des papiers et tampons nécessaires. Ce fut chose faite.
Le 13 janvier 1944 André et ses deux copains arrivent à Bordeaux où ils prennent le train pour Lyon comme de bons militaires mais munis d'une fausse perm. C'est la liberté ! ou presque ... car aux yeux de la loi, ils deviennent des réfractaires mais ils sont libres et chacun envisage de rejoindre la résistance.
Sans incident André se retrouve à la gare de Seyssel, plus que 13 km à pied pour retrouver ses parents ! A Frangy, les gendarmes qu'il connaît bien ne mettront guère d'ardeur à retrouver le fugitif !
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