Employées de maison et domestiques, un dur labeur, source d'emploi pour les femmes des classes populaires.
Voir à ce sujet le blog bien documenté de Mes aïeux quelle famille !
Dans mon arbre généalogique, du côté paternel, de nombreuses personnes hommes et femmes figurent comme domestiques à un moment ou à un autre de leur vie. Parfois c'est un premier emploi et une fois marié(e), la situation change. Parfois on reste domestique jusqu'à sa mort et ceci est surtout valable pour les hommes. Tous et toutes ne sont pas logé(e)s à la même enseigne, journalier, manouvrier, domestique de ferme, employée de maison ... Il est vrai que le statut de domestique assure un emploi plus stable que celui de journalier, un emploi et un domicile ! Mais quand on est viré, on perd tout. Dans le monde agricole de mes ancêtres la domesticité de ferme est très commune et les cultivateurs sont parmi les principaux employeurs.
Reste que la domesticité est un métier de "petits" et de pauvres qui s'assurent par leur travail une vie difficile et laborieuse certes mais respectable.
Ceci étant dit je vais me pencher sur le sort de deux femmes pour lesquelles j'ai une tendresse et une estime particulières, deux femmes qui ont été employées de maison, la mère et la fille, respectivement mon AAGM et mon arrière grand-mère.
La mère, Marie dite Rose Duplessis
Marie Duplessis souvent orthographié Duplessy naît en 1847 au foyer de Marguerite Put et de Pierre Duplessis, c'est la 3ème enfant du couple qui en aura six. D'un premier mariage, Marguerite avait déjà deux filles. Marie naît à Saint-Savin et plus exactement au hameau des Tuches où son père est cultivateur.
Forcément une vie de petite fille dévolue aux travaux de la ferme et aux travaux domestiques. La famille est grande et pour subvenir aux besoins de tous, il faut aller chercher du travail ... Bourgoin, la ville industrieuse, n'est pas loin et Marie y trouve une place de domestique. Est ce là qu'elle abandonnera son prénom officiel de Marie pour celui de Rose ? ou bien était-ce plutôt une habitude familiale pour la différencier de ces deux demi-soeurs Anne Marie et Marie Anne ? Je pencherai pour la seconde hypothèse et il faut dire que ce prénom de Rose lui va à merveille !
Domestique et enceinte !
A 26 ans Rose revient à la maison à Saint-Savin. Elle est enceinte. Au mois d'avril 1874 elle donne naissance à une petite fille. Il est noté que la déclaration est faite par Jean Pierre Duplessis son père âgé de 60 ans. Or son père se prénomme seulement Pierre et est âgé de 69 ans, disons 70... quelques bizarreries de l'état civil. Il déclare donc que sa fille Rose a accouché d'une enfant naturelle prénommée Marie Madeleine.
C'est donc une bouche de plus à nourrir d'autant plus que Pierre, le pater familias, meurt un mois après la naissance en mai. Pour Rose il ne fait guère de doute qu'il faille reprendre vite le chemin du travail et de Bourgoin.
D'employée de maison à ménagère
A Bourgoin, elle fait la rencontre d'un "pays" de Saint-Savin, Jean Pierre Coppard, cultivateur, journalier, enfant naturel de Françoise Coppard. Ils sont en pays de connaissance et ont vécu les mêmes histoires. Ils se marient en mai 1878. C'est tout simplement le bonheur pour Rose. Mais leur mariage est de courte durée car Jean Pierre décède en septembre 1878. Rose qui pensait avoir trouvé un peu de sérénité dans sa vie à 30 ans se retrouve veuve. Certes un statut plus enviable et plus respectable que celui de fille-mère... Faire bon coeur contre mauvaise fortune c'est la devise de la maison alors Rose, déterminée, reprend sa vie de domestique.
Et puis une nouvelle rencontre : Antoine Saignier. Né de parents inconnus, c'est un veuf, il a 4 enfants mais il a un bon métier, il est cantonnier après avoir été domestique. Antoine et Rose vont unir leurs vies, leurs solitudes et leurs destins. Et c'est seulement en 1884 qu'ils scelleront leur union. Rose a quitté le statut de domestique pour celui de ménagère, ils habitent à Bourgoin rue de L'Escot et forment une grande famille avec les enfants d'Antoine. Ensemble ils auront trois enfants dont deux survivront un garçon Joseph et une fille Joséphine. Antoine recevra en 1910 la médaille d'Honneur décernée aux chefs cantonniers de l'Isère. Quant à Rose elle finira probablement sa vie à Bourgoin.
La fille, Marie Madeleine Duplessis
Nous avions abandonné Marie Madeleine, la fille de Rose, aux Tuches à Saint-Savin chez sa grand-mère. Mais cette dernière vient à mourir en avril 1889. Madeleine a 15 ans. Une mère souvent absente, un père inconnu mais une grand-mère très présente et certainement très aimante, comme elle le sera elle-même. Antoine, le mari de Rose, la reconnaît et lui donne son nom en février 1890. Mais Madeleine est une rebelle, elle conservera son patronyme de naissance , tout comme sa mère qui s'est faite appelée Rose ! Dès qu'elle le peut, elle part chercher du travail chez des patrons. On connaît toujours dans son entourage quelqu'un qui connaît quelqu'un .... Madeleine préfère quitter son village pour la grande ville de Lyon ... elle sait que là-bas la fille de son beau-père Antoine , Marguerite, travaille déjà dans le textile comme apprêteuse.
Comme sa mère Marie Madeleine sera employée de maison. Domestique, employée de maison, femme de ménage, lavandière ...
C'est au 39 de la rue Saint-Jean dans le 2ème arrondissement qu'elle offre ses services au domicile des "Pateur" ? elle a dû trimer jusqu'au dernier jour avant de se rendre à l'Hospice de la Charité tout proche pour y être recueillie et accoucher.
Comme sa mère partie travailler hors de chez elle, elle se retrouve enceinte et seule !
Elle accouche ainsi le 28 juin 1895 d'un petit garçon "qu'on a nommé" Louis Victor selon la déclaration de l'employé de l'Hospice. Le 11 juillet Marie Madeleine Duplessis reconnaît pour sien cet enfant. Elle ne l'abandonne pas mais le confie momentanément à l'Hospice. Il sera placé chez des familles avant d'être "remis aux parents".
Employée de maison à Lyon
Marie Madeleine a repris du service au 27 de la rue d'Enghein dans le très bourgeois et catholique 2ème arrondissement, puis on la retrouve au 42 de la rue Saint-Pierre de Vaise dans le 9ème, assurément plus populaire ! Car c'est là qu'elle habite avec Léon Edouard Roussel qui après avoir été garçon de café est maintenant teinturier. En juin 1899 ils ont récupéré l'enfant de Marie Madeleine qui a maintenant 4 ans. Et c'est le 13 janvier 1900 qu'ils officialisent leur union dans la mairie du 5ème en légitimant le petit Louis. Parmi les témoins Marguerite Marie Seigner, la demi soeur de Madeleine.
Comme sa mère, par le mariage, elle devient quelqu'un de respectable aux yeux des autres, finie la domesticité, elle pourra travailler à la journée comme femme de ménage.
Comme sa mère son bonheur sera de courte durée, Léon Edouard, malade, décède le 10 juillet de la même année à l'hôpital...
Et Marie Madeleine se retrouve avec le petit Louis. Mais comment faire pour s'occuper seule de cet enfant dans cette grande ville tout en allant gagner son pain au jour le jour ? Certes il y a quelques aides pour une veuve avec un enfant mais c'est trois fois rien ! Alors elle envoie l'enfant pour quelques mois (le temps de se retourner) à Gevingey chez le grand-père Auguste Roussel, il pourra au moins aider aux travaux des champs et de la vigne... et il sera au grand air.
A la rentrée elle inscrit Louis à l'école des Frères où l'enseignement est voué aux plus défavorisés "aux enfants des artisans et des pauvres". Il recevra néanmoins une bonne instruction malgré un train de vie monacal . Et puis cela lui permet à elle, Madeleine, de travailler.
Rester à Lyon pour gagner la misère ? Retourner à Bourgoin où le travail ne manque pas ? et où elle a des connaissances ? Alors elle n'hésite pas .
Retour à Bourgoin
Mais je perds momentanément ses traces. A Bourgoin elle habitera Place du Champ de Mars et sera pour mon père "une excellente cuisinière et une adorable grand-mère".
C'est à 74 ans en 1948 qu'elle mourra à l'hôpital des suites d'une chute, un mois après avoir assisté au mariage de son petit fils.
Je me plais à espérer que les deux femmes, Marie dite Rose Duplessis et Marie Madeleine Duplessis - Saignier , mère et fille se sont retrouvées à la fin de leur vie à Bourgoin ... Je les imagine, sur le marché, bras dessus, bras dessous imiter telle patronne et rire sous cape d'un événement ... Je les imagine dans cet appartement du Champ de Mars , devant la fenêtre, lorsqu'il commence à faire sombre, se raconter à mots choisis les durs moments de leur existence, lorsque prêtes à tout abandonner elles ont relevé la tête , dignes et travailleuses, fières de "faire bonne figure" ....
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